Et si des artistes gouvernaient le monde…

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19 réponses à “Et si des artistes gouvernaient le monde…

  1. Bonjour

    Oui Anne-Céline, on est d’accord, il n’y a pas de présentation des artistes comme des superhéros dans ce blog, et comme je le disais auparavant, j’en suis bien contente. Le fait est qu’AILLEURS, cette conception existe. Je ne parle pas d’élitisme dans Mais où va la culture. Si j’ai participé ça n’est pas pour contredire votre démarche mais au contraire, parce qu’après avoir lu l’appel et les post, je me reconnais dedans.
    Sur les « Arts et la Culture », ça me renvoie à la conception de Malraux (en tout cas la synthèse que je m’en suis faite à ce jour d’après ce que j’en sais): une certaine idée (assez diffuse tout compte fait) que les Arts sont en haut, et que le peuple est en bas et que l’écart entre les deux est très grand. Bon c’est pour sûr plus ambigu que ça parce qu’avec la reprise par Malraux de l’idée des Maisons de la culture, il y avait certes aussi une volonté de démocratisation et probablement de médiation. Mais là c’est une autre histoire. Le fait de diffuser une image (en résumé très rapide hein) des arts qui sont « au-dessus », comme quelquechose de « sacré » je pense que ça peut rebuter certaines personnes qui vont se dire « ha, ça, ce n’est pas pour moi ». Je ne sais pas si c’est vraiment plus clair si je le dis comme ça… (?) Alors que si tu présentes le fait de créer « une oeuvre de l’esprit » on va dire… comme un acte qui peut être du quotidien, le message passe différemment. Là je me dis en écrivant ça que cette différence tient simplement au fait que je parle d’autre chose (!). Si on parle des oeuvres artistiques, des « Arts », on parle peut-être plus de l’art « institué », celui qui a été reconnu comme tel par certaines personnes à un moment donné. Je me rends compte qu’en fait, je parle du fait de créer, de l’acte ou de la pratique artistique. Si on replace le fait de créer dans le quotidien, et pas comme l’apanage d’illuminés qui ont un « don » (même si certains étaient ou sont géniaux et plus talentueux que d’autres), ça démystifie du même coup les oeuvres qui existent déjà. Non? Enfin, je me demande…

    Sur la justification de l’utilité: je suis d’accord! Dans l’absolu, c’est avéré depuis longtemps, mais pour qui? Surtout pour nous qui sommes dedans et convaincus.
    Dans ton commentaire, tu rappelles ça:
    « Et comme le précise le groupe de Mais où va la culture dans leur appel «[…] l’art et la culture contribuent à penser une société en agissant sur les sphères sociales, éducatives, économiques, artistiques, et politiques ; et ont cette capacité à les interroger et remettre en cause leurs enjeux […] ».
    Mais bien sûr, ce sont mes raisons aussi. A mon sens aussi, l’utilité ne fait aucun doute, c’est bien pour ça que j’ai choisi ce métier. Ce sont en fait les raisons réelles ou affichées de tout le monde. C’est aussi ce que les financeurs publics, les collectifs d’artistes, les associations à vocation culturelle déclarent, parfois dit autrement: acquérir des outils complémentaires de compréhension du monde, favoriser l’épanouissement de la personne et du citoyen, participer au mieux-vivre ensemble, mieux comprendre la société dans laquelle nous vivons, etc. etc. La justification par ces valeurs là existe partout.
    Si tu rentres vraiment dans les préoccupations quotidiennes des gens, je ne suis pas sûre que tout le monde soit conscient de cette utilité. Si j’interroge les habitants d’une commune moyenne en leur demandant « Préférez-vous que votre municipalité construise une crèche ou une salle de spectacle» (en sachant qu’il n’y a ni l’une ni l’autre dans la commune). Je pense que la grande majorité des réponses irait vers la crèche, y compris de la part de personnes qui n’ont pas d’enfants. Et moi même je ne tranche pas ici en disant que l’une serait mieux que l’autre, par cet exemple décontextualisé. Pour ma part je vois dans nos métiers, et justement parce que tout le monde PEUT avoir accès à l’art et à la culture, une fonction heu… « rassemblatrice » (ça se dit?), c’est-à-dire que j’ai envie perso que tout le monde puisse y goûter vraiment et décider ensuite :j’ai envie de continuer, ou pas.
    Tu parles de participation et de proposer une expérience à vivre. C’est pour moi précisément une manière (et probablement la meilleure) de faire rendre compte de l’utilité, cette utilité même qu’on dit, nous, évidente, sans dire « c’est utile ». Je crois que pour élargir l’accès, les personnes pas habituées aux pratiques culturelles (de la pratique du théâtre, à la visite au musée) doivent se rendre compte si et comment c’est bénéfique pour elles, prendre conscience de « ce qu’elles gagnent », de la manière dont c’est « utile » donc pour elles-même, en le vivant. (Je sais que j’emploie un vocabulaire lié à l’intéret, en quelque sorte à l’utilitarisme, dans l’absolu on agit que si on trouve un intérêt pour nous-même à faire les choses, même si c’est un intérêt lié à des convictions, non?).

    J’avais utilisé le terme libre d’esprit pour parler d’une sorte de légèreté. Va-t-en dire à ta pote mère célibataire avec deux enfants qui touche le RSA: « viens, on va voir un spectacle, ça va être fun ». Je pense qu’elle pourra en retirer un bénéf pour elle-même seulement si elle est disposée à se laisser aller à ce plaisir là et si ses tracas du quotidien ne prennent pas le dessus. Bon je caricature un peu, mais c’est pour mieux faire passer l’idée. Et cet aspect, on ne peut pas y faire grand chose. Un prof sociologue (pourtant convaincu lui aussi) m’a dit un jour « Que voulez-vous, on ne peut pas forcer les gens à aller voir des spectacles s’ils n’en ont pas envie ». Probablement la situation de certaines personnes les empêchent de laisser de la place pour l’apparition de cette envie.

    Tu parles des nombreux projets culturels et artistes qui font participer des habitants en difficulté sociale. Je suis d’accord il y en a et c’est passionnant (moi aussi, je crois que la participation est le meilleur moyen pour favoriser la rencontre entre avec les arts et aussi de manière plus générale entre les gens et avec l’ « autre »). Malgré cela, depuis les premières enquêtes sur les pratiques culturelles par Bourdieu, jusqu’à Olivier Donnat aujourd’hui (avec « Les pratiques culturelles des Français » mais faut-il encore le présenter…), les conclusions sont que le volume des pratiques culturelles augmente, mais pas la structure du public. L’écart persiste et, de manière non accompagnée (par une structure culturelle, des artistes, une asso, etc.) les Français des classes moyennes et populaires « pratiquent » beaucoup moins les activités culturelles que les autres. Je parie que tu seras d’accord avec moi pour dire que ça n’est pas dû à un manque d’intérêt, intérêt qui serait plus inné chez les Français plus favorisés, ni à une impossibilité d’accès dans le sens où ça serait mal compréhensible par certains, puisque tout le monde PEUT potentiellement y avoir accès. A nous de faire le travail de fourmi qui consiste à rencontrer les gens et les embarquer avec nous dans au moins une expérience riche en rencontres. Ensuite à eux de décider si c’est utile pour eux, pour leurs enfants, pour tout le monde, ou pas.

    Tu dis dans ton commentaire:
    « Pour ma part, il faut continuer à inventer des actions qui favorisent la participation et l’implication citoyenne. »

    Je suis d’accord. Ca conclut bien.

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