Culture et évaluation de projet

Qu’est ce que cela veut dire évaluer les projets culturels?
 
L’idée d’évaluation est devenue indispensable depuis 1991 au sein des politiques publiques tant au niveau de l’état que des collectivités. Au départ, l’évaluation est présentée comme une méthode pour contribuer à la rénovation du service public et à la modernisation de l’état. Cette méthode insiste sur la mesure des effets. Aujourd’hui, nous ne cherchons pas à remettre en cause toute la politique d’évaluation mise en place depuis plus de vingt ans mais à s’interroger sur un des champs de l’évaluation : l’art et la culture.
 
Il est évident que l’évaluation de la politique culturelle est essentielle au même titre que les autres mais c’est un exercice qui n’est pourtant pas aisé, de part la spécificité du secteur : les objectifs peuvent paraître souvent flous et contradictoires, les mécanismes de construction et les moyens mis en œuvre complexes pour des résultats incertains.
 
Les objectifs culturels énoncés (lutter contre l’exclusion et les discriminations, élargir le public, diffuser la culture, soutenir la création, favoriser une cohésion sociale, etc.) sont rarement des objectifs opératoires et ne peuvent pas se résumer à une expression quantitative.
 
Ainsi, la culture offre des visions différentes : l’acteur culturel peut considérer la culture et donc l’expression artistique comme quelque chose d’essentiel à partager et qui permet à l’homme de s’épanouir. Tandis que l’élu peut considérer l’activité culturelle comme un élément de développement de sa ville, de son territoire. Pour l’usager, elle peut être vue comme un plaisir et un divertissement.
Ces différentes finalités peuvent aboutir à des objectifs communs mais pas nécessairement :”[…] dans le projet de la bibliothèque de France, le souci d’accueillir un large public peut être contradictoire avec la communication à l’élite savante; la fréquentation d’un site historique peut nuire à sa conservation; la recherche d’un large public être en contradiction avec la qualité esthétique, etc […] Une intervention culturelle peut répondre simultanément à plusieurs objectifs […]”1.
 
L’élaboration d’une évaluation pertinente doit donc prendre en compte ces différents objectifs et finalités, ainsi l’importance du qualitatif est indispensable. Comment, riche de l’expérience sur ces méthodes d’évaluation, nous pouvons encore évaluer la pertinence d’une action culturelle au nombre de public touché?
 
1. Patrick Viveret, L’évaluation des politiques et des actions publiques, Rapport au Premier ministre, juin 1989 . Paris, La Documentation française, 1989, 195p. (collection des rapports officiels).
 
Source :Augustin Gérard et René Rizzardo, L’évaluation des politiques publiques.
 
Par Anne-Céline

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14 réponses à “Culture et évaluation de projet

  1. Guitton Carole

    Personnellement, je pense que selon la nature du projet, et le contexte de ce dernier, il n’y a tout simplement pas besoin d’un système d’évaluation. L’évaluation dans le domaine culturelle ou artistique se fait de manière naturelle et qualitative.

    Enfin, je parle pour le cas d’un projet culturel qui a lieu depuis 10 ans dans un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale. Nous savons que l’accès à la culture et la l’ Art, l’expression, permet de retrouver confiance en soit, de s’épanouir, de se découvrir, de se projeter,… En somme, le projet culturel dans un domaine social, est un vecteur pour l’insertion sociale et professionnelle.

    Lorsque j’ai réalisé mon stage dans ce CHRS, il me fallait absolument dans mes objectifs de stagiaires à participer à l’évaluation de ce projet culturel. Or il n’y en avait pas.

    Pour autant, ce projet bénéficie des subventions publiques et privées, le nombre de partenaires extérieurs ne fait que s’agrandir et le projet se pérennise depuis maintenant dix ans.

    L’équipe éducative et l’artiste Plasticienne à l’origine de ce projet « palpent » et « découvrent » les avantages et les impacts de ce projet sur les femmes accueillies au CHRS.

    Cependant, il est difficile de le mesurer concrètement. Je ne trouve pas les indicateurs, même de nature qualitative.

    Je pense honnêtement qu’il est préférable de laisser la notion d’ouverture d’esprit d’un projet culturel, et que dans certaines situations, comme dans le domaine social, l’évaluation n’a plus sa place, puisqu’il s’agit avant tout d’une expérience humaine.

    Il s’agit simplement de partager des idées, d’apprivoiser les difficultés rencontrées, et ce qui reste à entreprendre.

    Il s’agit d’innover, de créer une ouverture vers l’extérieur, et pour une fois, sortir, d’un contexte de jugement, d’évaluation, de bannir ces termes qui me paressent frustrant.

    En effet, si l’évaluation se fait auprès de l’usager, dans mon cas des femmes exclus de la société, abîmés par la vie, sans logement, la force du projet culturel perdrait alors toute son importance.

    Ces femmes qui ont sans cesse un suivi et un accompagnement éducatif, sont sans cesse évaluées, sont ou ont été , de part leur statut social, jugées, n’ont pas besoin d’une évaluation de plus au sujet d’un projet culturel.

    Il s’agit là d’une opportunité pour elle. Si il y a évaluation envers là, le projet culturel perd de sa
    richesse, de sa crédibilité.

    Je trouve ça déplorable qu’il faille coller à tout prix des normes d’évaluation sur un projet humain, dont la réussite se sent et se ressent.

  2. Bonjour à toutes et tous,

    Je suis bien contente de tomber sur ce sujet particulièrement intéressant à cette heure avancée de la nuit…

    J’ajoute mes petits questionnements, une petite pierre (un grain de sable sur ce sujet très complexe!).

    Ma 1ère remarque c’est qu’il me semble qu’il y a un amalgame en général entre « évaluation des politiques publiques » et « évaluation de projet » pour faire référence au titre d’Anne-Céline.

    Qui peut être porteur d’un projet culturel? En gros, tout le monde, particulier, artiste amateur ou ayant le statut de professionnel, association type loi 1901 et tous les autres organismes rattachés aux institutions publiques, Ministère ou collectivités territoriales. Si on pose la question de l’évaluation du « projet culturel », on pose principalement celle de la difficulté à définir des indicateurs à cause des spécificités du champ culturel (au-delà des réticences que suscite le mot « évaluation » à cause de l’idée de jugement de valeur qu’il fait apparaître) . Donc quels indicateurs? car comme vous le dites, on ne peut pas se contenter de mesurer quantitativement. Et là, on est dans un problème de méthodologie propre au champ culturel, et lié à l’ingénierie culturelle, où les professionnels ont certainement leur rôle à jouer, puisqu’ils sont sur le terrain, et qu’ils sont les mieux placés pour réfléchir à la nature et à la mise en place d’indicateurs qualitatifs (avec l’aide des sciences sociales probablement).

    Quant à l' »évaluation des politiques publiques », en gardant les guillemets, on parle d’une activité bien spécifique (j’allais dire un « truc » bien spécifique… tellement la définition est improbable!) qui s’inscrit dans un système différent du premier cas (au sens de plusieurs personnes avec des enjeux différents qui interagissent entre elles). Les objectifs fondamentaux des décideurs politiques sont les mêmes en fait que ceux des acteurs culturels, pour résumer très largement: l’épanouissement de la personne. Enfin en tous cas, les objectifs affichés (je laisse de côté les objectifs inavoués) qui sont ceux qui comptent pour l’évaluation car se sont eux qui donnent le référentiel, ce par rapport à quoi l’action publique sera évaluée. L’objectif de l' »évaluation des actions publiques » n’est pas uniquemet de mesurer, mais aussi de permettre la concertation entre les partenaires impliqués dans l’action, de permettre aux décideurs de décider avec une meilleure connaissance de la situation, etc. etc. etc.

    Et à l’intérieur de ce système (comme les poupées russes), on retrouve en effet la question de ces fameux indicateurs qualitatifs. Pourquoi on ne les meusre pas ou peu? Simplement parce qu’on ne sait pas bien les définir et que mesurer la « qualité » d’une action culturelle, ça veut dire s’intéresser aux habitants, aux usagers des lieux culturels, et aller les voir un par un pour leur parler. Donc, ça demande aussi du temps et de l’argent.

    Je pense que si l’évaluation était dédramatisée chez les professionnels du secteur culturel, ce serait possible d’avancer un peu sur ces questions d’indicateurs.

    Désolée c’est un peu long…!

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